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PRESSE
Publié le 15/06/2014
Entretien avec Vladimir Iakounine dans Politique internationale

Nous reproduisons ci-dessous un entretien accordé par M. Iakounine à Alain Guillemoles paru dans le nº 143 (printemps 2014) de la revue Politique Internationale. Politique Internationale est, depuis 36 ans, la plus influente publication francophone consacrée aux grands problèmes mondiaux.


Entretien avec Vladimir Iakounune*
Le CREDO DU KREMLIN

Cet entretien a été conduit
par Alain Guillemoles**

* Président de la Compagnie nationale des Chemins de fer russe depuis 2005.
** Journaliste au service Monde-Économie du quotidien La Croix

Vladimir Iakounine dirige depuis 2005 la plus grosse entreprise de Russie : la Compagnie nationale des Chemins de fer (RJD). Un monopole à la mesure de l'immensité du pays : la RJD emploie plus d'un million de salariés. Son président est donc un personnage de premier plan. M. Iakounine, 65 ans, n'est pas seulement le « tsar » de cette société colossale ; il est aussi un membre du proche entourage du président Vladimir Poutine. Le chef de l'État n'a jamais cessé de lui accorder sa confiance et de lui confier des tâches de la plus haute importance, y compris dans la préparation des Jeux olympiques de Sotchi.
Le lien de Vladimir Iakounine avec Vladimir Poutine doit sans doute beaucoup au fait que les deux hommes partagent une expérience commune : celle d'avoir travaillé au sein de la première direction principale de l'ex-KGB, la branche du service de sécurité vouée au renseignement extérieur. Ce passé n'est sans doute pas étranger à leur identité de vues — même si ce passage ne figure pas dans la biographie officielle de Vladimir Iakounine et n'est mentionné que par quelques sites russes d'information.
Le parcours officiel de Vladimir Iakounine indique simplement qu'il a été diplômé de l'Institut de mécanique de Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg) en 1972. Il s'est ensuite spécialisé dans la construction aéronautique. En 1985, le voilà diplomate, envoyé à New York pour travailler au sein de la représentation permanente de l'Union soviétique auprès de l'ONU. Il y reste jusqu'à la chute de l'URSS, en 1991. Puis il se reconvertit dans les affaires avant, en 2000, de rejoindre le gouvernement comme vice-ministre des Transports, puis de prendre, en 2005, la tête de la compagnie des chemins de fer.
A la tête de la RJD, Vladimir Iakounine doit aujourd'hui contribuer à la modernisation de la Russie. Le gouvernement prévoit de dégager jusqu'à 65 milliards d'euros, sur les dix prochaines années, pour développer le réseau et construire des lignes à très grande vitesse (plus rapides que le Moscou-Saint-Pétersbourg actuel, qui ne circule qu'à 250 km/h). Toutefois, cet objectif risque de rencontrer quelques difficultés. L'économie russe connaît en effet un ralentissement sensible depuis la crise de 2008. La croissance en 2014 pourrait même être négative de 1,8%, selon le pire scénario de la Banque mondiale. Et, bien entendu, les sanctions qui ont touché le pays après l'annexion de la Crimée se traduisent déjà par un coup de frein notable aux investissements étrangers.
Vladimir Iakounine est aussi un homme essentiel dans les relations entre la Russie et la France. Il copréside l'association « Dialogue franco-russe » qui vise à renforcer la coopération culturelle et économique entre les deux pays. Sa vision du monde est parfaitement représentative de celle de l'élite politique au pouvoir en Russie. Qui plus est, en dépit de sa haute position, il conserve son franc-parler, comme on le constate dans cet entretien exclusif qu'il a accordé à Politique Internationale. Signe de sa proximité avec le chef de l'Etat russe, Vladimir Iakounine figure en bonne place sur la liste des personnes visées par les sanctions américaines : gel des avoirs et interdiction de visa. En revanche, son nom n'est pas sur la liste, quelque peu différente, des personnes sanctionnées par l'Union Européenne.
A. G.


Alain Guillemoles — Monsieur Iakounine, l'Ukraine et la Russie ont toujours entretenu des relations étroites. Comment expliquer que ces relations se soient à ce point détériorées ?

Vladimir Iakounine — Les Ukrainiens et les Russes appartiennent à la même civilisation et au même groupe ethnique. Nous sommes un seul peuple qui a été partagé en 1991 entre deux États, au gré de changements politiques. Mais les relations entre les habitants de ces deux États, pour l'écrasante majorité de la population, sont restées telles qu'elles étaient durant toute l'histoire de la Russie, de l'Union soviétique, puis de la nouvelle Russie.
Malheureusement, l'arrivée au pouvoir de personnages tels que le président Viktor Iouchtchenko, en 2005, a desservi la coopération politique entre nos pays. Ce dirigeant s'est distingué par plusieurs initiatives éminemment contestables. En premier lieu, il a reconnu officiellement le Holodomor, la grande famine des années 1930, comme un « génocide du peuple ukrainien » (1). C'est une décision que je ne pourrai jamais lui pardonner. Il a tenté de mettre sur le dos de la Russie cette famine. Ces affabulations ne correspondent absolument pas à la réalité, ne serait-ce que parce que dans la région russe de Voronej, le nombre de morts n'a pas été moins élevé qu'en Ukraine ! Ensuite, il a élevé au rang de Héros de l'Ukraine, à titre posthume, le collaborateur nationaliste et fasciste Bandera (2). C'est inacceptable. Personnellement, je n'accepterai jamais l'exaltation du fascisme en général et de Bandera en particulier. Voilà pourquoi le sentiment que Viktor Iouchtchenko suscite chez moi est le rejet pur et simple.
Je vais vous dire ma conviction : j'ai tendance à considérer que toutes les haines nationales ou religieuses apparaissent en réponse à une demande politique précise. Autrement, dit, elles surgissent lorsque certaines forces agissent délibérément pour semer la discorde. Le cas de l'Ukraine est, à cet égard, un exemple très significatif. Je ne suis pas le seul à le penser : de nombreux observateurs objectifs, en Allemagne ou aux États-Unis, voient les choses de la même façon. Ils comparent les événements qui se déroulent actuellement en Ukraine à ceux qui se sont produits avant la chute de la Yougoslavie quand, exactement de la même façon, sous une influence extérieure, des groupes nationalistes ont été formés afin de créer les conditions de l'instabilité. Tout ce qui s'est passé par la suite en a découlé. C'est pour cela que, en réponse à votre question, je puis affirmer que les relations entre les Russes et les Ukrainiens ne se sont pas détériorées.
En revanche, il me semble évident que l'Occident doit sérieusement reconsidérer sa position sur ce dossier car il a, ni plus ni moins, aidé des forces nationalistes à s'emparer du pouvoir par les armes en Ukraine. Je le dis sans ambages : il s'agissait essentiellement de groupements fascistes qui avaient été créés en Ukraine occidentale et entraînés dans des pays étrangers — ce qui, aujourd'hui, officiellement reconnu (3). Ces groupes ont eu recours à des provocations systématiques, comme celles qui ont été révélées au grand public lors de la fameuse conversation téléphonique de Catherine Ashton avec le ministre estonien des Affaires étrangères : il apparaît que, contrairement à ce qu'on a voulu nous faire croire, les personnes tuées sur la place de l'Indépendance ont été abattues non pas par les forces légalistes, mais par des snipers appartenant au clan des insurgés (4) !

A. G. — Il n'en demeure pas moins que le référendum organisé en Crimée est perçu par de nombreux pays étrangers comme une violation claire du droit international. Des sanctions ont été adoptées contre la Russie, y compris contre vous-même. Ne croyez-vous pas que le prix à payer pour le rattachement de la Crimée sera trop élevé ? Ne vous semble-t-il pas que ce conflit pourrait nuire considérablement aux relations économiques entre la Russie et l'Union européenne, voire entraîner une nouvelle guerre froide ?

V. I. — Certaines choses n'ont pas de prix... Pourquoi ceux qui parlent de violation du droit international ne veulent-ils pas analyser ce qui a précédé les événements en Crimée ? Pourquoi les pays occidentaux jugent-ils que le coup d'État qui a eu lieu en Ukraine est légitime ? De nombreux Ukrainiens — généralement d'origine russe, de langue et de culture russes — ne voulaient absolument pas que les événements prennent un tel tournant. Ce qui se déroule actuellement en Ukraine est un écrasement par la force de toute hétérogénéité. Un seul exemple : la diffusion des chaînes de télévision russes a été suspendue. Or les Russes constituent au minimum 40 % de la population ukrainienne, si ce n'est plus. Et en Crimée, ce chiffre est de 60 % (5). Si l'on y ajoute d'autres nationalités qui considèrent que leur langue est le russe, cette proportion peut s'élever à 80 %. Pourquoi leur serait-il tout d'un coup interdit de s'exprimer dans leur langue (6) ? Est-ce cela, le respect des règles du droit international ?
En ce qui concerne la question de savoir si le prix à payer pour le rattachement de la Crimée à la Russie sera élevé, permettez-moi de citer Nietzsche qui a dit que « tout ce qui a un prix n'a pas de valeur ». Dans ce cas, nous ne devons pas parler de prix, mais de la valeur des décisions prises par les dirigeants russes. Et cette valeur, c'est l'identité de la civilisation, c'est le droit d'un peuple à vivre dans des conditions normales, à pratiquer sa religion, à s'exprimer dans sa langue natale, à voir ses enfants étudier leur culture et ne pas être opprimés à l'école sous le prétexte qu'ils sont Russes.

A. G. — La Russie a soutenu jusqu'au bout Viktor Ianoukovitch, pourtant très impopulaire. Était-ce une erreur ?

V. I. — Durant toute la période qui a suivi l'élection de Viktor Ianoukovitch, en 2010, il y a eu, à mon avis, des relations intergouvernementales normales. La Russie ne s'est jamais concentrée sur la personnalité de tel ou tel dirigeant. La preuve : nous avons continué d'entretenir des relations avec l'Ukraine même après l'arrivée au pouvoir de Viktor Iouchtchenko en 2005. Et tôt ou tard, quand arrivera à nouveau au pouvoir en Ukraine un président élu — dans des conditions démocratiques, je l'espère —, quand ce pays aura à sa tête un gouvernement qui ne sera plus constitué, comme c'est le cas actuellement, de marionnettes brandissant des gourdins, les relations entre Moscou et Kiev seront bien entendu restaurées. C'est inévitable.
Cela dit, s'il faut parler de M. Ianoukovitch — je précise que je vous donne là ma propre opinion, celle d'un citoyen ordinaire —, je dois reconnaître que cet homme n'est digne d'aucune sympathie. Mais ce n'est pas nous qui l'avons élu ! Il est devenu président à l'issue d'un processus démocratique. Les Ukrainiens avaient élu de la même façon Viktor Iouchtchenko, pour lequel j'ai de l'aversion, comme je vous l'ai dit. Bref, Ianoukovitch possédait des droits en tant que président élu, et c'est pourquoi nos partenaires occidentaux auraient dû se conduire correctement à son égard. Or ils l'ont tout simplement trahi. Après la signature de l'accord du 21 février, on l'a forcé à quitter son bureau (7). Le lieu où il vivait a été pris d'assaut. Et pas un seul des participants occidentaux à ces négociations, pas plus que le premier ministre actuel qui a apposé sa signature sous ce document, n'a pris la défense du président légalement élu de l'Ukraine...

A. G. — La Syrie, où une terrible guerre civile est en cours, divise également la Russie et les Occidentaux. Quelle est votre vision de la situation ?

V. I. — Je ne suis pas d'accord avec la façon dont vous présentez les choses : ce n'est pas une « guerre civile » qui est en cours en Syrie. Cette idée a été introduite de façon mensongère au sein des opinions publiques occidentales. Ce sont surtout des combattants d'Al-Qaïda et d'autres groupes terroristes qui combattent les forces loyalistes. Je pense qu'aujourd'hui tout le monde a fini par le comprendre !
Nous avons déjà eu la même expérience en Libye. On a vu qu'un changement de gouvernement provoqué par des méthodes radicales ne profitait pas à l'ensemble de la population. Car qui a gagné en Libye ? Certainement pas ceux qui étaient les opposants de longue date de Khadafi, mais ceux qui ont tué le chef de l'État en usant de méthodes semblables à celles du Ku-Klux-Klan.
C'est pourquoi je soutiens entièrement l'initiative du gouvernement russe qui, de même que d'autres pays, fait ce qu'il peut pour éviter une guerre totale en Syrie. Car il n'y a pas que les troupes loyales au gouvernement et les soi-disant opposants qui peuvent s'affronter dans ce pays, mais aussi bon nombre d'autres belligérants potentiels... Le risque d'une régionalisation du conflit est bien réel. Et c'est sans doute la plus grande réussite de la communauté internationale que d'avoir évité cette extension des hostilités au-delà des frontières syriennes.

A. G. — Venons-en à vos activités à la tête de la RJD. Quand on emploie plus d'un million de personnes, est-il facile de maintenir la paix sociale dans son entreprise ? Il vous est sans doute impossible de rencontrer régulièrement les salariés...

V. I. — Vous êtes la deuxième personne à me poser cette question. La première a été ma mère. À 86 ans, elle continue d'observer avec la plus grande attention ce que fait son fils. Elle m'a dit : « Vladimir, comment parviens-tu à diriger autant de gens ? J'ai entendu dire que ta façon de faire est très autoritaire... » Je lui ai répondu que je n'aurais pas assez de toute une vie pour voir, ne serait-ce qu'une seule fois, le visage de chacun de nos employés. C'est pourquoi je communique surtout avec les hauts responsables régionaux, je visite des filiales et je participe à des réunions par vidéo-conférence.
Mais croyez-en mon expérience : il n'est pas possible de diriger une entreprise comme la nôtre en usant simplement de méthodes administratives. Nos employés ont besoin de croire dans ce qu'ils font. Ils doivent savoir que, où que je sois, je cherche à savoir si que les décisions du comité de direction ont été mises en œuvre et comment elles l'ont été. Pour motiver les salariés, nous avons adopté des mesures sociales qui comptent parmi les plus généreuses de Russie. Les retraités et les enfants des salariés sont les premiers à bénéficier de ces efforts. Et c'est cette combinaison d'un contrôle strict, d'une exigence de discipline et, en même temps, d'une protection sociale généreuse qui permet de diriger une telle compagnie.

A. G. — Dans un pays aussi étendu que la Russie, quelle est l'importance du chemin de fer ? Est-il exact de dire qu'il nourrit la Russie ?

V. I. — Oui, c'est tout à fait exact. Les dirigeants de notre pays ont de tout temps considéré que le train était d'une importance stratégique. Pour une raison toute simple : il relie la partie européenne de la Russie, où réside la majorité de la population, à l'Oural et à la Sibérie, où se trouvent l'essentiel de nos ressources en matières premières.
En Europe, la plupart des marchandises voyagent par camions ; mais en Russie, 45% d'entre elles circulent par le train. Et si l'on exclut les produits transportés par pipelines, ce sont 80 % des marchandises qui sont acheminés par le fret ferroviaire. Sans le rail, l'économie russe serait donc confrontée à un problème d'approvisionnement absolument colossal.
Et, bien entendu, le transport des personnes est également de la plus haute importance. En 2013, nous avons transporté plus d'un milliard de passagers. Résultat : notre réseau, qui est tout de même de 85 500 km, ne suffit pas, aujourd'hui, à répondre à nos besoins. Le gouvernement et le président en sont conscients. Il a donc été prévu d'investir lourdement dans le développement et la rénovation du réseau, y compris du Transsibérien. Un exemple : l'an dernier, nous avons fait l'acquisition de plus de 700 nouvelles locomotives. C'est plus que la production totale de Siemens et de Bombardier réunies ! Mais nous n'allons pas nous en tenir là : la situation exige que cet effort soit poursuivi sur plusieurs années.

A. G. — Vous avez le projet de développer des lignes à grande vitesse. Pensez-vous qu'il sera possible, bientôt, de traverser la Russie en train rapide ?

V. I. — Oui, et même tout le continent euro-asiatique. Cet objectif n'a rien d'un conte de fées : nous travaillons actuellement à la mise en place d'une ligne à très grande vitesse Moscou-Kazan. Voilà qui sera un bon début ! Nous avons déjà défini le tracé ; nous avons obtenu l'approbation des régions traversées ; nous connaissons le prix approximatif du chantier ; et nous savons combien de ponts il faudra construire. Soit dit en passant, l'un de ces ponts, sur la Volga, sera sans doute le plus long de Russie. Nous avons décidé de réaliser une étude supplémentaire sur le financement de ce projet, car il nous faut encore travailler sur ce sujet, pour savoir comment lever l'ensemble des capitaux nécessaires. De ce fait, il n'a pas été possible de lancer le chantier en 2013, ainsi que nous l'avions espéré. Mais nous sommes maintenant très proches du début des travaux. Il existe une décision signée du premier ministre qui approuve la réalisation de ce projet. Cette ligne permettra de se rendre de Moscou à Nijni-Novgorod en 2h00, alors qu'il faut dix heures aujourd'hui. N'est-ce pas formidable ? Pour ce qui est des délais, je pense qu'une partie de la ligne sera fonctionnelle au moment de la Coupe du Monde de football qui se tiendra en Russie à l'été 2018. Mais la totalité de la ligne ne sera pas encore en exploitation.
Au total, nous avons un objectif ambitieux : nous prévoyons de construire jusqu'à 6 000 km de lignes à très grande vitesse d'ici à 2030. Mais tout dépendra du résultat de la première expérience qui devra être un succès pour que nous puissions continuer.

A. G. — Votre compagnie a engagé des dépenses très élevées pour la préparation des Jeux olympiques de Sotchi. Quelles infrastructures cet événement laissera-t-il au pays ?

V. I. — Attention : les dépenses auxquelles vous faites référence n'étaient pas un investissement de la Compagnie des chemins de fer de Russie, mais un projet du gouvernement. Ce projet visait à développer une région entière qui manquait d'infrastructures. Nous avons construit une ligne ferroviaire nouvelle de 157 km, reliant Sotchi à Krasnaïa Poliana, qui inclut 30 km de tunnels et 38 km de ponts. Nous avons aussi édifié la nouvelle gare d'Adler. Cette ligne permet de relier la montagne et la mer et ces équipements dureront des décennies. Les gens les utiliseront encore quotidiennement quand les Jeux ne seront plus qu'un lointain souvenir !
Ces investissements ne sont pas destinés à être rentabilisés rapidement. L'intérêt est à plus long terme. Ces voies permettront également d'acheminer plus de fret vers les ports de la mer Noire et d'offrir aux visiteurs russes et étrangers un accès aisé à cette région formidable où il est possible de nager dans la mer le matin et de faire du ski au sommet des montagnes l'après-midi. C'est ce qui fait de cette région un endroit unique et lui confère un grand potentiel de développement touristique.

A. G. — Aujourd'hui, une bonne part des biens manufacturés consommés en Europe sont fabriqués en Chine. Ils arrivent par bateaux car le prix du transport maritime a beaucoup baissé grâce aux porte-conteneurs géants qui font le trajet entre l'Asie et l'Europe. Est-il possible d'imaginer, dans ces conditions, que l'acheminement des marchandises par voie terrestre devienne un jour une solution alternative à un prix intéressant ?

V. I. — Nous croyons beaucoup à l'idée de créer un corridor de transport terrestre qui relierait l'Asie à l'Europe en passant par la Russie. Mais je tiens à préciser que nous ne nous trouvons pas à l'origine de cette idée : elle est née en Europe. Et elle s'impose progressivement, me semble-t-il. Il ne s'agit pas seulement de créer une voie de transport, mais de mettre en place un système unifié du point de vue juridique et douanier qui disposerait d'une structure unique de sécurité et de surveillance, ce qui permettrait aux entreprises chargées de la logistique d'opérer d'un bout à l'autre de la ligne. La Russie, de par sa position géographique, est la mieux placée pour être ce pont entre le Pacifique et l'Europe. Nous essayons donc de mettre en œuvre ce projet.
En ce qui concerne les tarifs, il est vrai que les opérateurs maritimes font tout ce qui est en leur pouvoir pour réduire leurs coûts afin d'empêcher l'entrée d'autres acteurs sur le marché. Mais quels que soient leurs efforts, ils ne pourront pas faire descendre le temps de transport depuis la Chine vers les ports européens en dessous de 14 jours. Or le même trajet, par le train, peut être réalisé en 12 jours. Et ces deux jours d'écart durant lesquels les marchandises voyagent, c'est du capital immobilisé ! Voilà pourquoi nous pensons pouvoir proposer une solution compétitive, spécialement pour des produits à forte valeur ajoutée. Le prix du transport terrestre ne sera pas nécessairement plus bas que celui du transport maritime. Mais la combinaison entre plusieurs facteurs peut rendre le chemin de fer attractif : il surpasse le maritime par l'efficacité, la sécurité (8) et la rapidité.

A. G. — Une éventuelle privatisation des Chemins de fer de Russie est régulièrement évoquée. Y seriez-vous favorable ?

V. I. — Je peux simplement vous donner mon point de vue personnel, mais je ne suis dépositaire d'aucune vérité. C'est à la société russe et au gouvernement de décider ce qu'il convient de faire de la propriété publique.
À ce jour, le gouvernement a envisagé que 5 % des parts de la compagnie pourraient être vendus à des fonds de pension. Mais ces fonds et l'État, ce sont les deux faces d'une même pièce de monnaie ! La situation serait tout à fait différente si ces 5 % devaient être vendus à des opérateurs privés.
Aujourd'hui, le gouvernement considère les Chemins de fer comme un outil d'aménagement. Il peut faire confier à cette entreprise des tâches très difficiles, comme la construction d'une ligne pour les Jeux olympiques de Sotchi, et nous menons toutes ces tâches à bien. L'intérêt premier du gouvernement n'est pas d'assurer la rentabilité rapide de tel ou tel projet. Au contraire, il souhaite même baisser les tarifs des billets de train — ce qui, évidemment, diminuera les recettes.
En revanche, des entrepreneurs privés, eux, chercheraient inévitablement à maximiser leurs profits. En cas de privatisation partielle, il y aurait sans doute des conflits entre actionnaires majoritaires et minoritaires — ce qui finirait par détruire le système actuel de direction.
Mon opinion, c'est qu'une privatisation sera possible le jour où nous aurons un réseau qui répondra à l'ensemble de nos besoins. Or, aujourd'hui, nous avons un déficit en termes de capacité de transport pour les produits alimentaires et industriels. Cette situation crée la possibilité, pour un individu, de tirer avantage de ce déficit et de se remplir les poches au détriment de l'ensemble de la société en profitant de la pénurie pour faire artificiellement monter les prix. L'État doit donc d'abord développer le réseau de façon à ce qu'il réponde à tous les besoins. Ensuite, seulement, une compétition pourra s'installer entre opérateurs. Cette compétition tournera à l'avantage de ceux qui offriront le meilleur service. Mais dans l'état actuel des choses, au vu de notre situation, la compétition risquerait de favoriser les lobbies et la corruption.

A. G. — Les prévisions pour les prochaines années montrent que la croissance en Russie pourrait connaître un ralentissement. Votre entreprise en sera-t-elle affectée ?

V. I. — Notre budget d'exploitation a toujours été excédentaire depuis la création de la compagnie, en 2003, et il le restera. J'avoue qu'il est parfois difficile d'obtenir de tels résultats. Cette année, le gouvernement a décidé de geler les tarifs des billets de train, en dépit de l'inflation. Une telle décision crée un manque à gagner. Pour arriver à maintenir l'équilibre, nous n'avons que peu d'instruments à notre disposition. Nous devons accroître notre efficacité, ce qui n'est pas facile. Il faut diminuer les dépenses : avoir des locomotives qui consomment moins d'énergie, de nouveaux systèmes d'éclairage et de chauffage plus économes.
Notre système est vaste. Et il doit toujours être maintenu en état de marche. Je dois conserver quelque part des locomotives que je ne vais peut-être pas utiliser cette année, mais dont j'aurai besoin l'an prochain. De plus, je dois conserver le personnel qui est formé, même si je n'ai pas besoin de tout le monde pendant une période donnée. Je ne peux pas licencier dans une période de creux car, si je me sépare de ces gens, ils ne resteront pas à la maison. Ils chercheront du travail ailleurs. Et le jour où j'aurai besoin de professionnels, je ne pourrai plus en trouver.
Or, entre 2008 et aujourd'hui, nous avons eu besoin de faire des économies. Comment nous y sommes-nous pris ? Je vais vous donner un exemple. Nous avons décidé que tous les membres de la direction et de l'administration de la compagnie prendraient trois jours de congés sans solde, sur trois mois. Mais la réalité est que l'administration de la compagnie travaille 24 heures sur 24. Et moi aussi. Je ne peux pas prendre ces trois jours pour aller quelque part me livrer à la pêche à la ligne... J'étais donc au bureau, en train de remplir mes obligations. En réalité, ces trois jours ont été notre investissement à tous dans notre compagnie publique. Et nous avons ainsi réalisé 3,8 milliards de roubles (84 millions d'euros) d'économie sur les salaires.
Cette mesure nous a permis de ne pas puiser dans les salaires des ouvriers. Mais, dans l'avenir, nous aurons peut-être à le faire... Une chose est sûre : je ne ponctionnerai pas les rémunérations des employés aussi longtemps que je pourrai l'éviter. Pas par générosité, mais pour une raison pratique. Le président de la compagnie peut facilement être remplacé. Je ne sais pas quel serait le résultat ensuite... Mais c'est un fait. En revanche, ces salariés connaissent chaque millimètre de rail de notre réseau. Ils sont irremplaçables. Si je réduis leur salaire et qu'ils décident de démissionner, je ne sais pas comment je m'en sortirai — d'autant que, comme vous le savez, notre pays accusé un déficit démographique important.

A. G. — La Russie est souvent pointée du doigt, dans les classements internationaux, pour le degré de corruption qui y règne (9). Comment peut-elle se débarrasser de cette image ?

V. I. — Je ne pense rien de bon de ces classements. Il est très difficile de croire à l'indépendance des organisations non gouvernementales qui les produisent. Bon nombre de ces ONG sont, en réalité, des outils entre les mains de certains États qui s'en servent pour intervenir dans les affaires d'autres pays.
On répand l'idée que, en matière de corruption, les standards russes seraient plus bas que ceux de certains pays d'Afrique : c'est tout simplement risible ! Ce ne sont pas les banquiers russes qui ont sauté par la fenêtre de leur bureau, en 2008, parce qu'ils avaient honte de ce qu'ils avaient fait... Pour moi, la corruption intervient lorsqu'un fonctionnaire fait quelque chose en faveur d'une entreprise privée en échange d'une rétribution. Mais vous trouverez un grand nombre d'exemples de ce type dans des pays développés. Nous avons connaissance de nombreux cas où de hautes personnalités ont été poursuivies, en Europe ou aux États-Unis, pour des affaires de corruption. Pourtant, ces pays sont classés tout en haut des listes que vous évoquez...
Autre question : qui développe ce fléau en Russie ? De nombreuses entreprises occidentales, au temps de la perestroïka, ont été condamnées pour avoir mis en œuvre des mécanismes de corruption. La corruption n'est pas dans la nature des Russes ; en revanche, ce phénomène est étroitement lié à un certain mode de fonctionnement de l'économie.
En Russie, pour lutter contre la corruption, nous avons créé une branche spéciale au sein des services de sécurité. Nous avons également créé un comité spécial au Parlement. Nos lois en la matière sont parmi les plus sévères du monde. Mais pour combattre réellement ce problème, la première chose à faire est d'améliorer le niveau de vie général, ainsi que la qualité des managers. Et cela, c'est un travail de long terme.

A. G. — Votre biographie non officielle affirme que vous avez fait partie de la première direction du KGB, chargée du renseignement extérieur. Est-ce vrai? Si oui, que retenez-vous de cette période de votre vie ? Qu'est-ce que cette expérience vous a appris ?

V. I. — Il y a eu un moment, il y a longtemps, où j'ai dû prendre une décision radicale. Cela s'est produit à la suite d'une série d'événements que j'ai vécus comme une immense catastrophe, au moment de la disparition de l'Union soviétique. En 1991, je suis rentré en Russie après avoir mis fin à mon activité de diplomate. J'ai trouvé un pays où les gens faisaient la queue pour acheter de la nourriture, où il les magasins étaient pratiquement vides... Je me souviens que, à cette époque-là, quand je discutais avec des amis de Moscou ou de Saint-Pétersbourg, nous nous demandions si nous n'allions pas connaître une véritable famine durant l'hiver. Ce sont des moments qui vous marquent pour toujours...
Alors, j'ai décidé de commencer une nouvelle vie. Et à partir de cette date, je n'ai plus jamais parlé de ma vie d'avant. Car nous étions entrés dans un monde tout à fait différent. Ce n'est pas parce que je souhaite dissimuler mon passé. Mais c'est une décision personnelle que j'ai prise après avoir procédé à une révision radicale de tout ce qui était mon état d'esprit, ma personnalité. Je ne voulais pas seulement survivre, mais aussi trouver un moyen de continuer à servir mon pays et mon peuple. C'est dans ce but que j'ai été éduqué. Et vous pouvez me croire quand je dis que j'ai reçu une très bonne éducation... Servir mon pays, c'est ce que je souhaite faire aujourd'hui. Et il n'y a rien de plus à dire sur ce sujet.

A. G. — Vous dirigez la Fondation Saint-André qui promeut les valeurs de l'Église orthodoxe. À quel point cet engagement est-il important pour vous ?

V. I. — J'ai été invité à rejoindre la Fondation Saint-André il y a plus de quinze ans. C'était déjà une petite organisation très active, sans être une organisation religieuse à proprement parler. Cette activité m'a attiré car elle correspondait à une aspiration personnelle. En effet, quand je fais quelque chose, ce n'est jamais seulement pour obtenir un succès personnel ou pour m'enrichir. J'ai été élevé différemment. Nous, les fonctionnaires de l'ancienne époque, nous étions le meilleur produit du système éducatif soviétique. Nous avions des rêves, une idéologie, des illusions sans doute... Et nous avions une capacité illimitée à nous sacrifier pour atteindre les objectifs qui nous avaient été fixés par nos supérieurs. C'était la façon de penser qui nous a été inculquée. Voilà pourquoi la Fondation Saint-André m'a séduit.
Après quelques années, j'ai été invité à prendre la direction de son Conseil d'administration. Nous avons lancé de multiples initiatives. Notre objectif, en ce qui concerne la Russie, est de protéger et de promouvoir les racines historiques de la nation russe et le développement de l'État sur la base de nos valeurs traditionnelles, qui s'enracinent dans notre religion et notre Histoire. Nous avons, aussi, lancé une activité internationale : le dialogue mondial des civilisations, qui a son siège à Vienne (10). Notre mot d'ordre est : « Différent ne veut pas dire ennemi. » Nous étudions les différents aspects des civilisations mondiales et nous nous retrouvons pour un forum qui a lieu tous les ans à Rhodes.
Nous avons commencé il y a treize ans et avons, depuis, été copiés par d'autres (11). Mais nous avons été les premiers à le faire et le fait que nous soyons imités prouve que nous avons eu raison.

A. G. — Une dernière question : vous avez pris également la direction de l'association du Dialogue franco-russe. Pourquoi vous être investi dans cette organisation ?

V. I. — L'association du Dialogue franco-russe a été créée en 2004, à l'occasion de la visite en France du premier ministre de la Fédération de Russie, Mikhaïl Fradkov, sous le patronage de Vladimir Poutine et de Jacques Chirac. Elle vise à encourager les relations de partenariat et les échanges dans tous les domaines : politique, économique, mais aussi artistique, culturel ou éducatif. J'ai pris la co-présidence de cette association en 2012, en même temps que mon homologue français, Thierry Mariani, pour essayer de renforcer ces échanges entre nos deux pays.

(1) Le mot Holodomor signifie littéralement « extermination par la faim ». C'est le nom donné par l'Ukraine à la grande famine de 1933-18934 qui a tué entre 4 et 8 millions d'Ukrainiens selon les estimations. Cette famine a été artificiellement provoquée. Á l'époque, des brigades sont passées de village en villages pour confisquer le grain tandis que des soldats gardaient les champs et empêchaient la récolte. Le gouvernement ukrainien a entrepris, en 2006, une campagne internationale visant à faire reconnaître le Holodomor comme un génocide. La Russie admet que cette famine était artificielle mais nie son caractère génocidaire. Pour Moscou, elle fut dirigée contre tous les paysans soviétiques qui refusaient la collectivisation, tandis que l'Ukraine interprète cet événement comme une façon de s'en prendre au nationalisme ukrainien dont les paysans étaient les porteurs. En soulevant cette question, l'Ukraine a particulièrement irrité la Russie.
(2) Stepan Bandera est une figure essentielle mais controversée du nationalisme ukrainien. Fondateur de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) en 1929, il s'est battu successivement contre la Pologne puis l'Union soviétique afin de libérer les territoires ukrainiens. Il s'est temporairement allié à l'Allemagne nazie, entre 1939 et 1941, pour contribuer à l'attaque contre l'Union soviétique de 1941. En URSS, le terme de « banderiste » s'est mis à désigner l'ensemble des nationalistes ukrainiens, tous supposés être des collaborateurs d'Hitler et néo-nazis. En réalité, la collaboration de Stepan Bandera a été de courte durée puisque dès 1941, il a voulu proclamer un État ukrainien indépendant et a été arrêté par les Allemands. Il a ensuite passé l'ensemble de la guerre en prison. Il a été assassiné en 1959 en Allemagne par un agent du KGB. En 2010, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a voulu honorer la mémoire de Stepan Bandera en l'élevant, à titre posthume, au rang de « héros de l'Ukraine ». Cette décision a été très mal prise par la Russie.
(3) Il reprend ici des accusations qui ont été formulées par Vladimir Poutine le 4 mars. Répondant à des questions de journalistes, le président russe a alors assuré que des manifestants de Kiev avaient « été entraînés dans des bases spéciales, en Lituanie et en Pologne ». Il n'a cependant apporté aucun élément venant appuyer ces accusations.
(4) Vladimir Iakounine fait allusion à l'enregistrement d'une conversation téléphonique entre la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, et le ministre estonien des Affaires étrangères, Urmas Paet, subitement apparu sur Internet au début mars 2014. Le ministre estonien évoque, dans ses propos, la fusillade survenue le 20 février à Kiev au cours de laquelle près de 60 manifestants ont été tués. Il regrette le peu d'empressement des nouvelles autorités ukrainiennes à mener une enquête approfondie sur ces évènements et soulève des doutes sur l'identité des tireurs. Il évoque la possibilité que les mêmes tireurs aient visé à la fois des policiers et des manifestants, laissant donc supposer l'existence d'une provocation. M. Paet a reconnu par la suite avoir effectivement tenu ces propos. Mais ses doutes n'ont pas été confirmés à ce jour. Le procureur général d'Ukraine a indiqué fin mars avoir identifié une partie des tireurs, précisant qu'ils étaient « de nationalité ukrainienne ». Il n'a pas révélé leur nom. Le député ukrainien Guennadi Moskal a indiqué, de son côté, que les tireurs faisaient partie d'une unité spéciale de la police. Ces affirmations n'ont pas non plus été confirmées par l'enquête à ce stade.
(5) Le nombre de personnes en Ukraine qui s'identifient comme étant des Russes ethniques est de 17 % selon le recensement de 2001. Les données de ce recensement, qui reste le dernier disponible, sont consultables en intégralité en en anglais sur le site du comité national des statistiques d'Ukraine : http://2001.ukrcensus.gov.ua/eng/results/general/nationality/. Lors de ce même recensement, 78 % des habitants se sont définis comme étant des Ukrainiens ethniques. Lors du précédent recensement, en 1989, 22 % des Ukrainiens s'étaient déclarés comme faisant partie de la minorité russe. En Crimée, en revanche, le nombre de personnes se déclarant russes monte à 56 %, tandis que les Ukrainiens sont 23 % et les Tatars 12 %. Enfin, la part des Ukrainiens qui se disent de langue maternelle ukrainienne, au niveau national, lors de ce même recensement, est de 67,5 %. La part de ceux qui se disent de langue maternelle russe est de 29,6 %.
(6) L'Ukraine indépendante a fait de l'Ukrainien la seule langue nationale, dès 1991. C'est donc la seule langue en usage pour tous les actes administratifs dans tout le pays. Mais il n'existe aucune interdiction de s'exprimer en Russe en Ukraine, ou de nombreux médias sont toujours en Russe. Une loi sur la langue, en 2010, a étendu les droits des russophones. Dans les régions où ils sont plus de 10%, le Russe est localement langue officielle et peut désormais être employée dans l'administration. Les nouveaux dirigeants ont envisagé d'abroger cette loi, mais elle a finalement été maintenue en vigueur.
(7) L'accord conclu le 21 février à l'issue de la mission à Kiev des ministres des Affaires étrangères d'Allemagne, de France et de Pologne prévoyait un changement de la Constitution transférant l'essentiel du pouvoir au premier ministre, la mise en place d'un gouvernement d'union nationale, le maintien au poste de président de Viktor Ianoukovitch jusqu'au mois de décembre 2014 au plus tard, et un engagement de toutes les parties à cesser les violences. Dans les heures qui ont suivi la conclusion de cet accord, Viktor Ianoukovitch est d'abord parti pour Kharkiv, à l'est du pays, puis en Russie. Rien n'indique qu'il ait été forcé de partir par des actes de violence. Il semble plutôt avoir été lâché par les responsables de sa majorité et par son entourage.
(8) Vladimir Iakounine fait référence ici à la piraterie maritime mais aussi aux multiples aléas liés au transport maritime, comme les tempêtes et les avaries qui sont plus compliquées à gérer dans le transport maritime que terrestre.
(9) La Russie est placée à la 127e position sur 177 pays dans le classement des pays selon leur degré de corruption établi par Transparency International.
(10) « Le Forum public mondial - Dialogue des civilisations » est une organisation non gouvernementale indépendante créée en 2001. Elle organise notamment tous les ans au mois d'octobre une rencontre sur l'île de Rhodes, afin de permettre à des participants de différentes religions et de différents systèmes de pensée de partager leur vision du monde les uns avec les autres. Son but est de « protéger la diversité culturelle tout en favorisant la compréhension mutuelle ». L'organisation est dotée d'un siège à Vienne et d'un bureau à Moscou. Son site Internet est http://www.wpfdc.at
(11) On peut citer par exemple « l'Alliance des civilisation » lancée en 2005 dans le cadre de l'ONU, à l'initiative des gouvernements turcs et espagnols et qui tient également un forum annuel. Son siège est à New York.