culture

Publié le 27/06/2011
Le retour des russes en héros
24.06.2011 Mémoire
L’événement qui a eu lieu ce mardi à Paris sur les berges de la Seine,est celui qui est le plus émotionnel de toute la visite de travail du Premier-Ministre de Russie en France.
Il s'agit de l'inauguration à Paris du monument dédié à la mémoire du Corps Expéditionnaire Russe.

Ce monument a été inauguré par les premiers-ministres Vladimir Poutine et François Fillon. Après les hymnes officiels, lorsque la marche du Corps expéditionnaire Russe, « Kol Slaven », a retentit dans l'interprétation du chœur du Monastère de la Sainte Rencontre (Sretensky), nombreux étaient ceux parmi les participants à la cérémonie qui n'ont pu retenir une larme. Peut-être à cause de la reconnaissance d'une page, encore peu connue, mais héroïque, dans les relations entre nos deux pays. C'est pour cette raison que le Premier-Ministre de Russie dans son intervention, n'a pas manqué de dire que pendant la période soviétique de nombreuses pages de notre histoire ont été réécrites à l'avantage de schémas idéologiques primitifs. « Aujourd'hui, pas à pas, nous nous réapproprions notre héritage historique, dans sa totalité ».

Un descendant de l'Aristocratie russe, Alexandre Troubetzkoi a confirmé ce point de vue : « Il n'y a pas qu'en Russie où les actes héroïques des soldats et des officiers de la première guerre mondiale sont tombés dans l'oubli. Ici, peu de monde connaît le rôle du Corps Expéditionnaire Russe lors des événements si tragiques pour les français. »

La première guerre mondiale est fatidique pour la Russie. À son issue, le pays est entré dans l'année 1917, révolutionnaire et tragique. Mais un autre aspect peu connu nous échappe : Cette même guerre a montré à toute l'Europe la bravoure et la noblesse de l'armée russe, et sa détermination non seulement à défendre sa Patrie, mais aussi à sauver d'autres peuples.

L'histoire du Corps Expéditionnaire Russe nous parle justement de cela. En 1916, en réponse à la demande d'aide, la Russie a envoyé en France quatre brigades expéditionnaires, au total 45.000 hommes. Une partie sur le front en France, une autre sur celui de Macédoine. Plus de 20.000 combattants ont constitué justement ce corps légendaire, qui s'est battu pendant deux ans pour la France. 5.000 parmi eux, au bas mot, reposent dans une terre étrangère. Ils sont pour la plupart enterrés au cimetière militaire de Mourmelon.

Mais le Corps Expéditionnaire russe a eu une destinée à la russe. Sous l'influence de la Révolution de février en Russie, une mutinerie a éclaté, et elle a été réprimée. Les uns, soldats et officiers, se sont engagés dans la Légion Russe, les autres ont été envoyés en prison ou au bagne. Beaucoup, ont réussi à regagner la Russie (et parmi eux le futur Maréchal soviétique Rodion Malinovsky), pour aller ensuite l'un contre l'autre dans la guerre civile. Voilà le paradoxe historique de la Russie ! Savoir s'unir pour venir en aide à d'autres peuples, et ce faisant, entretenir sans relâche la division amis-ennemis chez soi.

Lors de l’inauguration du monument, le président de la S.A. RZD, Vladimir Iakounine, ne représentait pas que sa propre compagnie. Il a été élu au printemps dernier co-président de l'Association « Dialogue Franco-Russe », qui rassemble des personnalités influentes du monde des affaires, de la culture, de la science, et de la politique de nos pays. Vladimir Ivanovitch a expliqué que les « paradoxes de la Russie » ne peuvent être identifiés et écartés que grâce à la mise en place et au développement d'institutions de la société civile. Et chaque pays devrait savoir en la matière, faire appel à l'expérience d'un autre. L’association, créée par nos deux pays, propose justement ce type d'échange mutuel.

«Et le fait que le Premier-Ministre de Russie, dans le cours de son voyage officiel a rencontré les membres du « Dialogue Franco-Russe », qu'il a pris une part active dans les conversations sur toute une série de problèmes des plus importants, a une grande signification. » a remarqué Vladimir Iakounine.

« Vous savez, on aura beau marteler les arguments en faveur de l'intégration européenne, du partenariat stratégique, s'il ne deviennent pas une partie intégrante de la vision du monde dans les sociétés russes et françaises, il ne se passera rien. Et la vision du monde ne se forme pas uniquement et matériellement par les discours, mais surtout par des actions, et les résultats démonstratifs de ces actions. L'inauguration aujourd'hui du monument, qui est le résultat d'une participation active du « Dialogue Franco-Russe », est un exemple évident de notre communauté et de notre effort créateur commun. »

Bien entendu, le partenariat d'affaires entre RZD et ses collègues français, est dans une large mesure, porté par la richesse des thèmes du « Dialogue ». Plus généralement, l'Association doit faire avancer des idées et des projets, susceptibles d'établir un dialogue stabilisé, non seulement entre les États, mais aussi entre les tissus sociaux.