ÉCONOMIE
Publié le 20/12/2013
LE MARCHE DES RESSOURCES HUMAINES EN RUSSIE
Conférence d'Alexandre Stefanesco, directeur général d’ATSAL

19
déc. 2013
Alexandre Stefanesco, directeur général d’ATSAL, une jeune agence de conseil en ressources humaines qui opère en Russie et Eurasie, a éte l'invité du Dialogue Franco-Russie le 19 décembre 2013.

Nous vous proposons son interview au Dialogue Franco-Russe sur les grandes tendances qui caractérisent le marché du recrutement en Russie (janvier 2013). 

Comment se porte l’économie Russe en ce début 2013 ?
AS: La politique d’assainissement des finances publiques commencée dans les années 2000 est en train de payer. Le pays s’est rapidement relevé de la crise économique et financière de 2008 et aujourd’hui on peut dire qu'il est sorti de cette crise qui a eu des effets négatifs surtout en 2009. La croissance russe est bien orientée : 4,2% en 2011, 3,5% en 2012 et elle devrait atteindre 3,7% en 2013 puis 3,8% en 2014 selon les estimations moyennes du FMI.

A coté de cela, les réserves de change russes sont revenues à leur niveau d’avant crise (537,4 milliards de dollars à l'heure actuelle) et le pays n’est quasiment pas endetté. La dette publique totale représentait moins de 10% du PIB en 2012 et ne devrait pas dépasser les 15% du PIB en 2015. Point important, la dette publique extérieure de la Russie est inférieure à 3% du PIB ce qui est très peu laisse une forte marge d’endettement potentiel.

Pour 2013, la Russie table donc sur un budget quasiment en équilibre: 322 milliards d’euros de recettes et 335 milliards d’euros de dépenses. Le déficit budgétaire devrait atteindre seulement 13 milliards d’euros (0,8% du PIB) et sera financé essentiellement par des emprunts extérieurs et des recettes tirées des privatisations du patrimoine fédéral.

Quelles sont les difficultés du recrutement en Russie, propres au marché de l’emploi local?
AS: Le taux de chômage est au plus bas aujourd’hui, puisqu’il est d'environ 5,2% de la population active russe. Dans les grands pôles économiques le taux de chômage est encore plus faible: 1% à Moscou et 1,4% à Saint-Pétersbourg.

Le marché du travail russe, comme beaucoup de marchés des pays émergents à forte croissance, est donc un marché de candidats, c'est-à-dire que sur un fond de baisse du chômage qui se poursuit depuis la fin de la crise il y a en Russie de réelles pénuries de candidats. Rechercher, identifier et sélectionner des collaborateurs fiables et compétents peut s’avérer complexe, et comporter une prise de risques pour les postes stratégiques. Il faut souvent débaucher les bons candidats qui sont déjà en poste, et à ce titre une approche très particulière est donc nécessaire.

En outre le développement rapide de l'économie russe et la baisse continue du chômage pendant les dix dernières années ont encouragé les salariés à plus de mobilité. Un grand nombre de salariés envisagent encore avec beaucoup de méfiance voire d’incrédulité le partenariat avec un employeur sur le long terme. Par conséquent s’assurer que le nouveau collaborateur est prêt à s’investir dans la durée est souvent très problématique en Russie. La sélection du bon candidat se fait donc nécessairement en prenant en compte de façon prioritaire le facteur humain, et notamment la personnalité du candidat. Mais du coté de l’employeur, il faudra aussi savoir vendre au candidat tant la société que le poste proposé, afin de l’attirer, de le convaincre mais aussi et surtout le fidéliser dans la durée. Le challenge est donc des deux côtés.

Enfin les pénuries de candidats peuvent être particulièrement importantes dans certaines branches professionnelles et dans certaines régions. Le recrutement peut rapidement s’avérer difficile et prendre beaucoup plus de temps que prévu tout simplement parce qu'il est difficile de trouver des candidats, et de savoir ou aller les chercher. Recruter peut vite devenir extrêmement chronophage et donc couteux pour une société.

Pourquoi faire appel à ATSAL?
AS: Pour toutes les raisons précitées il est réellement préférable de faire appel à une agence comme la nôtre, parce que la recherche, l’identification et la sélection de collaborateurs fiables et compétents ne font pas partie du cœur métier des entreprises. C’est particulièrement vrai pour les sociétés de taille petite et/ou moyenne qui ont souvent des besoins croissants en capital humain, mais pas forcément le désir ou les moyens d’avoir leur propre département des Ressources humaines. C’est là que nous intervenons en devenant en quelque sorte le département des ressources humaines de nos clients, mais un département des ressources humaines externalisé, qui ne serait juste pas dans les locaux de la société.

Enfin nous proposons un éventail de formules souples pour assister les sociétés dans leur recrutement. Nous pouvons intervenir à différents moments du recrutement en prenant partiellement en charge une opération de recrutement, par exemple lors de l’étape de la définition du poste ou à l’étape de la définition du profil du candidat idéal ou encore au moment des entretiens de recrutement.

Quelles sont les perspectives du recrutement en Russie?
AS: Avant la crise, les entreprises embauchaient et licenciaient si besoin rapidement, sans trop se soucier des conséquences. La forte croissance économique de la période 2004-2008 a vu notamment une course en avant des salaires, dont on se demandait bien si elle allait un jour s’arrêter.

La crise financière a mis un coup d’arrêt à cette dynamique et a considérablement modifié les mœurs de recrutement en Russie. Les notions de prudence, d’optimisation ou de modération ont de nouveau guidé les décisions d’embauches du coté des sociétés. Les cadres et spécialistes ont fait de même, évitant de changer systématiquement de travail à chaque opportunité intéressante, celles-ci il est vrai se faisant aussi plus rares. Mais depuis 2012, l’économie russe est repartie en forte croissance et le marché de l’emploi s’est tendu à nouveau, sans pour autant être revenu aux excès d'avant la crise de 2008, même si certains secteurs font de nouveau face à des pénuries de profils disponibles.

On peut dire que la crise a finalement relativement structuré le marché du travail russe mais cette situation pourrait ne pas durer. Aujourd’hui en effet on pense que la Russie connaitra une pénurie de main d’œuvre au cours de la prochaine décennie. On parle d’un besoin de 8 à 10 millions d’actifs d’ici à 2025 pour faire face à la croissance économique attendue, mais aussi au rétrécissement de certaines classes d’âge, conséquence de la situation démographique que le pays a connu durant la fin des années 90. Il semble donc plausible que l’on se dirige à très court terme de nouveau vers une pénurie de profils dans de très nombreux domaines.

Justement, coté candidat, quels conseils donneriez vous à quelqu’un qui recherche du travail? Quelles sont les chances de trouver un emploi en Russie, pour un étranger ?
AS: Paradoxalement, alors que le chômage baisse de façon continue, il est de plus en plus difficile de trouver un emploi en Russie pour un nouvel arrivant. La modification de structure du marché du travail fait que les sociétés embauchent avec plus de prudence. Si avant la crise il était relativement facile de trouver un premier emploi et de se voir donner une chance, c'est devenu un peu plus compliqué aujourd’hui. En outre la règlementation du marché du travail s’est durcie et l’obtention des visas de travail pour les employés étrangers est devenue plus difficile pour les entreprises.

De plus, depuis la crise financière, la Russie a tenté de protéger son marché intérieur et par ailleurs la Russie est le pays d’Europe ou le niveau académique est le plus élevé. Si un candidat russe est qualifié, il trouvera facilement du travail, et de préférence à un étranger, à moins que celui-ci ne soit également très spécialisé.

Pour résumer les tendances sur le marché des cadres en entreprise: Les « expats » sont en général une espèce en voie de disparition sauf pour les postes réellement stratégiques, et ce pour des raisons de coûts, mais pas seulement. Ces dernières années ont vu un reflux des russes de l'étranger, les « repats », qui ont l’avantage d’être bilingues, biculturels et très souvent binationaux. Avec un diplôme d'un pays de l'ouest en poche, il leur est généralement assez facile de trouver du travail en Russie. Enfin il y a sur le marché un nombre assez important de « ruspats », ces étrangers résidents en Russie, russifiés et souvent russophones, et qui sont disponibles sur place.

C’est donc la raison pour laquelle nous offrons également une large gamme de services aux candidats pour les aider à s’implanter professionnellement en Russie, que ce soit de l’aide à l’expatriation, à la recherche d’emploi ou de l’aide au reclassement professionnel.